Les bains douches,
un bastion de dignité pour les sans-abris
7 novembre 2025
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10 min de lecture
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Sacha Foddis
Alors que la crise du logement frappe la France entière, un nombre croissant de personnes se retrouvent à la rue sans pouvoir subvenir à leurs besoins en hygiène les plus essentiels.
À Lyon, une seule et dernière infrastructure permet encore de répondre à cette précarité hygiénique : les bains douches municipaux.
La conjoncture actuelle du marché du logement et la crise qui en découle remet sur le devant de la scène la question de l’accès à l’hygiène pour les Sans Domicile Fixe. Ce problème dépasse le simple spectre du confort individuel : passer un entretien d’embauche ou effectuer des visites d’appartement sont des tâches qui induisent socialement de répondre à des critères de présentabilité.
Il apparaît ainsi que sans possibilité d’accès à des infrastructures d’hygiène, aucune insertion sociale n’est pérennement possible. Pour répondre à ce postulat et du point de vue d’une personne sans-abri, l’enjeu est de trouver un endroit permettant de se doucher et surtout accessible gratuitement. Sauf qu’en réalité, il n’existe que très peu de réponses, un manque d’offre tristement logique compte tenu de notre mode de fonctionnement économique où la contrepartie monétaire règne.
Seules deux types de structure peuvent exister dans ce contexte. D’abord, une initiative associative reposant sur la générosité des citoyens. A Lyon, il n’existe que quelques structures de taille modeste ou éphémères, à l’image de ce camion-douche itinérant mis à disposition par l’association « Vroom-shower », sans toutefois permettre de répondre à une demande importante et continue.
Rue Delessert : les derniers bains douches de Lyon
La seule réponse d’envergure est donc apportée par les pouvoirs publics, par le biais de ces bains douches distillés un peu partout en France. En l’occurrence, à Lyon, il n’existe qu’un seul de ces ouvrages, « les bains douches municipaux Delessert ».
Pour fonctionner, le lieu est financé exclusivement par de l’argent public, soit une moitié par la ville, l’autre par le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS).
Marc Foucan, le responsable de ce dernier bastion de l’hygiène explique qu’auparavant, il existait trois autres infrastructures semblables.
La raison de ces fermetures ? Trop peu de fréquentations selon les services municipaux.
Une fermeture ayant eu pour conséquence d’amasser toutes les personnes dans le besoin à cet endroit comme l’affirme Marc, avant d’ajouter :
« Nous sommes restés le seul endroit ouvert. La conséquence, c’est que nous n’arrivons pas toujours à gérer la demande ».
Sur place, la façade du 13 rue Benjamin Delessert apparaît comme assez discrète, et les quelques passants des alentours interrogés pour l’occasion semblent ne pas connaître l’endroit. L’intérieur du bâtiment est relativement vétuste mais reste entièrement fonctionnel. Deux pièces, agencées par une douzaine de cabines de douche chacune, forment ainsi l’étage principal. L’autre aile du bâtiment, au sous-sol est destinée à la laverie, un service fraichement inauguré en octobre dernier.
Une clientèle plus composite qu’attendu
L’hétérogénéité des visiteurs semble se confirmer après quelques heures d’observation sur le perron du bâtiment. Si aux alentours de midi, la plupart des personnes sont des sans-abris, ce constat se nuance en fin de journée.
Il est 17h26 et alors que le centre ferme à 17h30, une file de travailleurs se ruent à l’intérieur dans l’espoir de pouvoir prendre une douche. Fermés le week-end, les horaires d’ouverture des bains douches s’avèrent d’autant plus inadaptées aux besoins des visiteurs dits « actifs ». Un constat partagé par le responsable de la structure, qui fait part de son impuissance :
« Malheureusement, la situation n’est pas près de changer. On manque de moyens financiers, donc de moyens pour engager plus de personnel, ce qui serait pourtant nécessaire pour permettre de fermer plus tard ou ouvrir le week-end ».
De la diversité entre les visiteurs, on en retrouverait également en terme de civisme. Si la plupart d’entre eux ne posent aucun problème, cela ne manquerait pas d’exceptions selon Marc, qui ajoute :
« On a des souvent problèmes avec les mêmes personnes, ou plutôt les mêmes communautés. Ces temps-ci, on voit beaucoup de roumains affluer. Or, à chaque fois, ils arrivent en groupe, dégradent les locaux et ne respectent rien ni personne ».
Coïncidence, les personnes pointées du doigt par Marc Foucan débarquent sur le parking de l’établissement au même moment. Cette dizaine d’hommes discutant groupée suscitent immédiatement la méfiance du responsable. « Pour l’instant, on a eu à appeler la police qu’une seule fois. De toute façon, s’il y a un problème, ils savent qu’ils sont filmés » ajoute-t-il.
Facilement oubliable au sein de l’architecture urbaine, la caméra qui trône sur le pavillon du bâtiment paraît désormais immanquable.
Des moyens financiers de plus en plus maigres
A l’accueil, les visiteurs défilent tour à tour pour venir récupérer une serviette et un savon de poche. En effet, la plupart de ceux qui fréquentent les bains douches n’ont pas les moyens de se fournir ces provisions essentielles. L’établissement les leur fournit gratuitement, tout comme ils mettent à disposition les produits destinés au lavage du linge. Néanmoins, cette gratuité à un coût. Un coût qui ne fait par ailleurs qu’augmenter à en croire Marc :
« Pour les produits d’entretien, l’inflation a été énorme et leur prix a presque triplé».
Pendant l’interview avec le responsable, ces agents d’entretien effectuent d’incessants va-et-vient dans le bâtiment. Une grande partie du personnel se consacre au nettoyage continu des infrastructures et en particulier des douches, qui, pour des raisons de salubrité, doivent être désinfectées après chaque passage.
Désignant son personnel d’un signe de tête, le responsable ajoute :
« Souvent, ils n’ont plus de produit nettoyant en fin de journée. Alors, on remplace par du vinaigre blanc puisqu’il n’y a pas d’autre solution ».
L’entretien n’est pas le seul secteur a faire les frais des difficultés financières que traversent les bains douches Delessert. Les savons étaient auparavant distribués par deux aux visiteurs, ceux-ci ne peuvent désormais en espérer plus qu’un seul. Une gestion économe comme rappelée par ces affiches roses dispersées dans tout le bâtiment, suggérant à celui qui l’aurait oublié que l’eau chaude a un coût et que ce précieux confort sera éphémère.
« Pour l’instant, on tient », conclut Marc Foucan.
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