Écrire pour dire d'écrire
12 novembre 2025
I
2 min de lecture
I
Sacha Foddis
Je cherchais une citation pour introduire ce texte.
Ça fait toujours bien, une citation. Ça donne un air sérieux, l’impression que l’on maîtrise son sujet. Comme si ces guillemets murmuraient au lecteur : « J’ai suffisamment de recul sur ce que j’ai lu… pour trier ce que j’ai lu ». Sauf que moi, je n’ai pas lu.
Alors tant pis pour la citation.
Car pour ça, il aurait fallu que je me documente, que je lise ce que d’autres ont déjà pensé avant moi. Ceux qui m’ont pris de court sur mon idée, ceux qui me rappellent que je n’invente rien.
J’aurais bien essayé de les copier et vous n’en auriez rien su, mais à peine la recherche commencée, je sens déjà ma spontanéité s’envoler, et avec elle, toute envie de poursuivre ces lignes.
Alors, à la place, je vous sers cette digression. Il va falloir vous y habituer… ou partir. Et si vous trouvez que c’est inconvenant de prendre ainsi son lecteur en otage… que les bons auteurs n’imposent rien mais suggèrent… qu’ils captivent suffisamment pour que jamais vous ne vous retrouviez face à ce dilemme…
Alors tant pis pour être un bon auteur.
Eux, ces architectes innés de la réflexion, qui construisent une pensée logique, cohérente et méthodique. Fondations, murs porteurs, charpente… avec eux, tout est toujours dans le bon ordre.
Parfois, je les entends construire leur raisonnement à haute voix… « ça coule tellement de source », me dis-je à chaque fois. Mais quand moi je tente d’en reprendre le cours, voilà que la source tarit ou déborde. Encore une métaphore moyenne… eux auraient sans doute fait mieux.
Je sais bien que tout ça n’est qu’un fantasme, qu’« eux » n’existent pas vraiment, qu’ils se raccrochent à l’image de quelques personnes exceptionnelles, dans leurs exceptionnels moments de lucidité. Oui, je le sais, mais pourtant je continue de croire en eux… et pas en moi.
La preuve : voilà déjà cinq paragraphes pour ne rien dire, et je n’ai toujours pas abordé le sujet que je voulais traiter à la base. Quelque chose d’autrement plus rigoureux, autour de la contradiction entre l’envie d’écrire et l’écriture inspirée. Ne pas écrire pour dire d’écrire. J’ai fait tout le contraire.
Alors tant pis pour mon article.
Mais je me console de ce hors-sujet en me rappelant qu’il inaugure parfaitement cette nouvelle rubrique. Une rubrique que tout oppose à celle de mes reportages journalistiques : ici, aucune objectivité, aucune rigueur intellectuelle, et peut-être même aucun intérêt… à part peut-être celui d’explorer une idée.
Alors tant mieux pour la rubrique… et bienvenue dans « Réflexions de comptoir ».