L’orthorexie, reflet d’un rapport à l’alimentation dans notre société
19 novembre 2025
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M.J.
L’alimentation est centrale dans notre vie quotidienne, au carrefour de nécessités vitales, de préoccupations économiques, de racines culturelles, de visions sanitaires, esthétiques, et d’engagements idéologiques et politiques.
La culture de soi, la recherche de la meilleure version de soi-même sont des tendances fortes dans notre société…Par ailleurs, nous disposons de multiples sources d’informations fiables ou non, et nos contemporains modifient leurs pratiques alimentaires en fonction de leurs préoccupations et sensibilités personnelles.
« Un Français sur trois suit un régime alimentaire spécifique (sans viande, sans gluten, flexitarien…). Les pratiques se personnalisent, traduisant une autonomie accrue vis-à-vis des normes collectives. »
La France à table, tensions et mutations autour de notre alimentation juin 2025.
L’orthorexie, trouble alimentaire trouve son lit, dans ce contexte de préservation de soi, face à des informations précieuses mais aussi anxiogènes.
La révélation de la présence de pesticides, d’additifs, de conservateurs, de perturbateurs endocriniens dans nos aliments, de même que les études sur le danger des graisses saturées, et maintenant du sucre, sont fondamentales pour la prévention de risques pour la santé.
Notre alimentation peut devenir une action très réfléchie et le revers, ce sont des comportements excessifs qui se mettent en place et modifient ainsi le rapport à celle-ci :
« La quête de contrôle de/sur soi par son alimentation peut même parfois faire basculer certains individus dans l’«orthorexie». À cheval entre le médical et le sociétal, ce trouble du comportement alimentaire tend à faire de l’alimentation une véritable obsession.
Il s’agit d’une tentative poussée à l’extrême, jusqu’à la pathologie, d’un contrôle total sur ce qui est ingéré, pour faire en sorte de ne jamais être mis en danger par les effets de l’alimentation sur la santé, au risque de vivre en vase clos et de se couper des autres. »
La France à table … Les mutations de l’alimentation septembre 2022.
En recherchant le mieux pour soi, on peut aboutir à des comportements obsessionnels, qui peuvent entraîner des répercussions sur l’état social et mental. Être de manière absolue et permanente dans le contrôle, est aussi une dérive.
« Ce trouble est souvent minimisé tant il se développe sous couvert de rester en parfaite santé. »
Clinique e-santé 26 avril 2023.
Il faudrait sans doute se poser la question, des milieux socio-culturels dans lesquels s’exprime ce trouble, résultante poussée à l’extrême des éléments sociétaux exprimés précédemment.
Toutefois sans être dans l’ignorance, et l’indifférence aux dangers et injonctions diverses, il semble nécessaire de noter la dimension hédoniste, émotionnelle, affective voir même transcendantale de l’alimentation.
Proust l’avait expérimenté et a su, si bien nous le faire éprouver, en se « retrouvant » chez sa tante Léonie, par la dégustation d’une madeleine trempée dans du thé … Il retrouvait ainsi un moment perdu… ! Les traditions culinaires transmises, mais ne répondant pas toujours, aux recommandations nutritionnelles nous apportent le réconfort parfois de nos ambiances perdues … Et peut-être y gagnons-nous en équilibre psychologique…et qualité de vie.
Continuer de manger ensemble, semble aussi fondamental …La religion chrétienne le sait bien en nommant communion, le sommet de la liturgie au cours duquel les chrétiens se souviennent du dernier repas du dernier repas du Christ et sont unis.
Les traditions d’autres cultures nous le montrent aussi :
« Il y a, dans nos traditions africaines, une façon de poser le plat au centre du cercle qui en dit long sur la symbolique des repas.
En effet, s’il est vrai qu’on mange pour calmer la faim, il est tout autant vrai qu’on partage un repas pour se connecter — à la terre, aux ancêtres, à la communauté, à soi-même.
Ainsi, au Bénin comme dans plusieurs autres pays africains, manger dans la calebasse commune est un langage silencieux, un acte chargé de sens. Il est rite, offrande, transmission. Et dans chaque bouchée, il y a un peu d’histoire, un peu d’esprit, un peu d’âme. »
Manger ensemble, la symbolique des repas dans nos traditions – Audrey Lozes.
Il manquerait sans doute beaucoup de joie, d’humanité et de liens dans une société où chacun mangerait seul et ne partagerait pas la communion d’un plaisir sensoriel ou d’un passé retrouvé !